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Le Nunatsiavut dans Le Gaboteur

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J’ai le grand plaisir d’écrire pour Le Gaboteur – le seul journal francophone de Terre-Neuve-et-Labrador – depuis mon déménagement à Nain. J’y parle du Nunatsiavut, de notre quotidien en famille, des projets auxquels j’ai la chance de participer, du coût de la vie, des défis et des belles opportunités qui se présentent à nous.

Dans l’édition du 31 octobre, je vous parle de l’exposition SakKijâjuk, de l’exposition de photographies de mon amie Jennie Williams, de la campagne #MakeMuskratRight et de la grève de la faim de Billy Gauthier.

Exceptionnellement, j’ai le privilège de partager avec vous « ma page » du journal ce mois-ci.

Bonne lecture!

 

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Nunatsiavut – 10 ans d’autonomie gouvernementale

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Cet article a été publié pour la première fois dans l’édition du 11 janvier 2016 du journal Le Gaboteur. La version ci-dessous a été légèrement modifiée. 

Le 1er décembre 2015 a marqué le 10ème anniversaire de l’Accord sur les revendications territoriales entre les Inuits du Labrador et le gouvernement du Canada. Cet accord a accordé aux Inuits du Labrador des terres, des ressources et des droits à l’autonomie gouvernementale clairement définis. Le vaste territoire d’autonomie gouvernementale créé aux termes de cet accord s’appelle le Nunatsiavut. Dix ans plus tard, les Nunatsiavummiut sont encore très fiers de la signature de l’Accord et avaient le cœur aux célébrations et aux réjouissances en décembre dernier!

Les Inuits du Labrador furent grandement bouleversés par les changements apportés au cours des derniers siècles par l’arrivée des missionnaires moraves, l’entrée de Terre-Neuve au sein de la Confédération canadienne et la réinstallation imposée des habitants de Hebron, Okak et Nutak. Désirant reprendre un plus grand contrôle sur leur destinée, les Inuits du Labrador formèrent une association en 1973 et déposèrent une demande de revendication territoriale auprès du gouvernement canadien en 1978. De longues années de négociations s’en suivirent.

En décembre 2005, l’Accord sur les revendications territoriales entre les Inuits du Labrador et le gouvernement du Canada fut signé et un gouvernement de transition fut mis sur pied.  La première Assemblée élue fut  assermentée le 17 octobre 2006. En même temps, la réserve du parc national des Monts-Torngat fut créée.

Bienvenue au camp de base du parc national des Monts-Torngat!

Bienvenue au camp de base du parc national des Monts-Torngat!

« La réserve de parc national des Monts-Torngat est le présent qu’offrent les Inuits aux Canadiens », a déclaré Toby Andersen, négociateur en chef de l’Association des Inuits du Labrador devant le Comité permanent des affaires autochtones et du développement du Grand Nord, le 9 juin 2005, à Ottawa.

Processus décisionnel

Bien que le Nunatsiavut fasse toujours partie de la province de Terre-Neuve-et-Labrador, l’Accord a donné autorité au gouvernement du Nunatsiavut en matière de santé, d’éducation, de justice, de culture et de langue favorisant ainsi le développement économique, social, culturel et politique des Inuits du Labrador.

Les cinq communautés du Nunatsiavut – Nain, Hopedale, Postville,  Makkovik,  et Rigolet – sont représentées à l’Assemblée par un membre élu ainsi que par l’AngajukKâk (l’équivalent du maire) de la communauté.  Des membres élus représentent aussi les Inuits du Labrador vivant dans la région de North West River et Happy Valley-Goose Bay ainsi que ceux habitant dans le reste du pays.

C'est à Hopedale que siège l'Assemblée du Nunatsiavut.

Photo de l’Assemblée du Nunatsiavut.

Suivant les traditions, le processus décisionnel de l’Assemblée est basé sur le consensus. La capitale législative du Nunatiavut est à Hopedale alors que la capitale administrative est à Nain. L’Assemblée siège sept fois par année.

Préoccupations d’hier et d’aujourd’hui

En fouillant dans les notes de l’Association des Inuits du Labrador, Isabella Pain, sous-ministre du secrétariat du Nunatsiavut et membre de l’équipe de négociation au moment de la signature de l’Accord, a fait des observations intéressantes lors des célébrations.

Isabella Pain, sous-ministre du secrétariat du Nunatsiavut et membre de l’équipe de négociation au moment de la signature de l’Accord, pendant une présentation là Nain le 2 décembre dernier.

Isabella Pain à l’avant lors d’une présentation à Nain le 2 décembre dernier.

Il y a 30 ans, les priorités de l’Association étaient les suivantes : le logement, le déclin de la harde de caribous de la rivière George, la sécurité alimentaire et l’importance de contenu culturel approprié dans le curriculum scolaire. Et en 2015? Les priorités sont à peu près les mêmes. Selon madame Pain, ce n’est pas étonnant. « Avant, il était possible d’identifier les problèmes, mais pas de s’y attaquer de plein front. Maintenant, le gouvernement a le pouvoir et les ressources pour le faire », a-t-elle souligné.  Tranquillement, les choses changent pour le mieux.

Depuis 2005, le gouvernement du Nunatsiavut a, entre autres, imposé un moratoire sur la chasse aux caribous, créé une association pour le logement abordable, mis sur pied des banques alimentaires, développé  des programmes de baccalauréat pour les Inuits du Labrador en partenariat avec l’Université Memorial de Terre-Neuve. Les cours de ce programme sont offerts à Happy Valley-Goose Bay plutôt qu’à Terre-Neuve. Le gouvernement a également créé des modules d’enseignement de l’inuttitut pour le Newfoundland and Labrador School District, le conseil scolaire anglophone de la province.

La langue

La question de la langue est au cœur de bien des discussions ici. Madame Pain rappelait, lors des célébrations du 10e anniversaire, que pendant toutes les années de négociation avec l’Association des Inuits du Labrador, les réunions se tenaient en inuttitut. Aujourd’hui, l’Assemblée siège en anglais. C’est le monde à l’envers et ce n’est pas l’image du gouvernement rêvée au moment des négociations.

Malgré tout, la majorité s’accorde pour dire que la situation générale s’améliore. Grâce à des programmes comme Going Off, Going Strong,  les plus jeunes ont retrouvé une fierté de leur identité. Ils sont fiers d’être Inuit, de savoir chasser, pêcher, de pouvoir préparer la nourriture traditionnelle et de la partager avec les aînés. Du même coup, l’envie de se réapproprier la langue est elle aussi de plus en plus grande.

Mandy reproduit des tatouages traditionnels sur le visage de Silpa ors d'une activité communautaire l'été dernier.

Mandy reproduit des tatouages traditionnels sur le visage de Silpa ors d’une activité communautaire l’été dernier.

Il reste cependant beaucoup de chemin à parcourir avant d’atteindre les objectifs du gouvernement sur la langue et d’être en présence d’une fonction publique bilingue. Espérons que le temps, la volonté politique et l’attachement à la culture combleront le fossé laissé par une génération presqu’entièrement unilingue anglophone.

Partenariats et projets

En octobre 2015, l’Université Memorial de Terre-Neuve et le gouvernement du Nunatsiavut annonçaient leur collaboration sur un projet de recherche de 7,4 millions de dollars soutenu par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Ce projet permettra de fusionner la recherche académique et les connaissances traditionnelles dans le but de protéger, préserver et revitaliser la culture et la langue des Inuits du Labrador.

Certains projets sont déjà complétés ou en chantier tels que SakKijâjuk : la toute première exposition d’art Inuit du Labrador et Filles de Mikak : Célébrons le leadership des femmes inuites. Au cours des cinq prochaines années, ce projet rassemblera Inuits et chercheurs universitaires du Canada et des États-Unis ainsi que vingt institutions et organisations qui collaboreront à une cinquantaine de sous-projets.

Quelques pièces de l'exposition SakKijâjuk.

Quelques pièces de l’exposition SakKijâjuk. En tout, ce sont plus de 80 artistes qui ont participé à cette toute première exposition d’art Inuit du Labrador.

Par le biais du centre de recherche de Nain, le gouvernement du Nunatsiavut a aussi lancé la campagne Make Muskrat Right en espérant limiter les effets négatifs du barrage hydroélectrique de Muskrat Falls. Le plan actuel aurait comme conséquence d’augmenter dramatiquement les concentrations de méthylmercure dans le lac Melville, contaminant ainsi certaines espèces très importantes dans la diète des Inuits du Labrador.

Photo tirée du site Web makemuskratright.com.

Photo tirée du site Web makemuskratright.com.

Après plusieurs années de règne conservateur, les Nunatsiavummiut ont d’ailleurs accueilli avec beaucoup d’espoir les résultats des élections fédérales et provinciales cet automne. Parce que bien qu’autonome, la destinée du Nunatsiavut est encore bien intimement liée à celle de la province et des Inuits des autres régions du Canada.

 

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Une semaine de premières

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J’ai passé les derniers jours à Happy Valley-Goose Bay pour participer à la toute première exposition d’art inuit du Nunatsiavut et au tout premier colloque d’arts autochtones dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador. C’est donc toute une semaine qui se termine! Merci à mon ami et journaliste Ossie Michelin pour la photo des mitaines confectionnées par Nellie Winters de Makkovik que j’ai utilisée en couverture.

SakKijâjuk: Inuit Fine Art and Craft from Nunatsiavut

SakKijâjuk est le résultat d’années de travail pour Heather Igloliorte, artiste inuite et professeure adjointe en histoire de l’art autochtone à l’Université Concordia. Pour moi, c’est l’aboutissement d’un an et demi de collaboration avec une équipe formidable et des artistes locaux que j’aime beaucoup.

Du 19 au 22 novembre, l’exposition a rassemblé une soixantaine d’artistes du Nunatsiavut, dont une quarantaine était sur place. Nous étions tous très fiers d’être là pour cet événement si spécial. Merci Heather d’avoir rendu ce rêve possible!

L'irremplaçable Heather Igloliorte avec de flamboyantes mitaines créées par Maria Merkuratsuk de Nain.

L’irremplaçable Heather Igloliorte avec  une paire de mitaines flamboyante créées par mon amie Maria Merkuratsuk de Nain.

Une sélection des oeuvres exposées à Happy Valley-Goose Bay fera également partie d’une tournée nationale qui débutera en octbore 2016. Vous pouvez en apprendre plus sur le projet, voir des photos de l’exposition et visionner des vidéos sur les artistes sur le site dédié à SakKijâjuk (lien en anglais seulement pour le moment).

To Light the Fire 

Parce que nous voyons grand et que nous aimons être débordés, nous avons profité de l’exposition pour organiser le tout premier colloque d’arts autochtones dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador en collaboration avec le Conseil des arts provincial. Bien que j’y sois souvent passée en coup de vent, j’y ai quand même vécu de très beaux moments.

Je tiens d’ailleurs à remercier Arlene et Julia Blanchard qui m’ont ramenée plusieurs années en arrière pendant leur atelier sur la danse traditionnelle autochtone. Vous êtes magnifiques toutes les deux et m’avez donné envie d’approfondir plus sérieusement mes connaissances sur mes racines Anishnaabe.

Photo d'Angela Antle - Arlene et Julie Blanchard

Photo prise par Angela Antle – Arlene et Julie Blanchard pendant leur atelier.

Nous avons eu le grand privilège d’assister à plusieurs démonstrations et à une performance du groupe Eastern Owl (lien en anglais seulement). Wow! Leur chanson sur les pensionnats indiens m’a beaucoup touchée et j’espère qu’elle sera bientôt enregistrée pour pouvoir la partager avec vous.

Le retour à la maison

Je suis revenue à la maison hier matin épuisée et heureuse de retrouver les bras de Léon et Harry. C’est le coeur un peu gros que j’ai laissé mes collègues et ami(e)s, mais aussi la tête remplie de projets communs.

J’ai d’ailleurs rapporté de beaux souvenirs avec moi et quelques petits cadeaux pour les bas de Noël. Mes deux amours ont beaucoup aimé leurs nouveaux chapeaux – un en forme de dragon pour Léon et un en fourrure de coyote pour Harry.

Léon et les chapeaux

Léon et les nouveaux chapeaux.

Comme le veut la tradition, les amis de notre petit bonhomme sont venus nous rejoindre pour manger des guimauves et jouer à la cachette en après-midi.

Evan, Bella et le chapeau

Evan, Bella et le fameux chapeau.

Je suis maintenant prête pour les décorations, la musique, la visite et la cuisine du temps des Fêtes!

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L’Inuit Art Foundation en visite à Nain

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Hier matin, des membres du conseil d’administration de la Inuit Art Foundation (IAF) sont venus rencontrer les artistes et quelques représentants de la communauté ici à Nain avant de se rendre à Hopedale en après-midi.

Le rôle de l’IAF est de promouvoir et soutenir les artistes inuits. Après une brève période d’inactivité, l’IAF s’est remise au travail en décembre 2012 grâce à un nouveau conseil d’administration. Depuis la reprise de ses activités, l’IAF s’est engagée dans un processus consultatif visant à développer de nouveaux programmes et politiques répondant aux besoins des artistes inuits et de leur public.

L’IAF à Nain

C’est dans ce contexte de consultation que la rencontre d’hier a été organisée à Nain. Parmi les participants, j’étais heureuse de voir des artistes bien établis ainsi que des artistes émergents. Certains, comme moi, étaient aussi présents par désir de contribuer positivement aux discussions et d’aider les artistes à répondre à leurs besoins.

Quelque-uns des participants à la rencontre d'hier.À l'avant plan, Heather Igloliorte (peintre), Jennie Williams 9photographe) et Eva Nochasak (gravure et textile). À l'arrière, trois membres du conseil d'administration de l'IAF (Sammy Kudluk, David Ruben Piqtoukun et Okpik Pitseolak).

Quelque-uns des participants à la rencontre d’hier. À l’avant plan, Heather Igloliorte (peintre), Jennie Williams (photographe) et Eva Nochasak (gravure et textile). À l’arrière, trois membres du conseil d’administration de l’IAF (Sammy Kudluk, David Ruben Piqtoukun et Okpik Pitseolak).

Comme dans plusieurs autres communautés, les discussions des Nainimiuts ont beaucoup tourné autour de la difficulté d’établir un marché, de s’approvisionner en matières premières et de participer à de la formation et autres événements artistiques. Connaissant, les coûts de la vie ici, je peux comprendre ces défis auxquels font face les artistes. Sous l’oeil attentif des membres et employés de l’IAF, les participants ont aussi abordé des pistes de solution et surtout, le désir de collaborer avec les artistes inuits d’autres régions.

Difficile de dire quand et comment la stratégie de l’IAF se mettra en place, mais les efforts de consultation sont un premier pas d’une grande importance. Déjà, des liens se sont formés et des idées ont été échangées. J’entrevois le début de belles collaborations entre artistes inuits. Quant à moi, j’espère pouvoir contribuer d’une façon ou d’une autre à l’essor des artistes du Nunatsiavut. J’aime beaucoup les recevoir à ma porte, mais je leur souhaite de pouvoir compter sur un marché plus grand afin d’avoir le temps de se consacrer à la création et de pouvoir développer leur art à son plein potentiel.

Artistes à découvrir

Lors de la rencontre d’hier, j’ai eu l’immense plaisir de rencontre certains artistes inuits de renommée. Parmi ceux-là, Heather Igloliorte, Mathew Nuqingaq et Billy Gauthier. Je vous invite à découvrir certaines de leurs oeuvres, c’est à couper le souffle!

Billy Gauthier donne des trucs à des sculpteurs de Nain sous le regard attentif de Patricia Feheley de l'IAF.

Billy Gauthier donne des trucs à des sculpteurs de Nain sous le regard attentif de Patricia Feheley de l’IAF.

J’y pense, la bague que Harry m’a offerte pour nos fiançailles est inspirée d’un design original de Mathew. J’étais donc d’autant plus heureuse d’avoir la chance de le rencontrer et de discuter avec lui (photo en couverture).